États-Unis : une occasion pour les élus progressistes de passer de la parole aux actes

Ci-joint le commentaire de notre camarade et coporte-parole Gabriel Proulx par rapport à un débat ayant présentement court aux États-Unis quant à la possibilité de faire avancer plus concrètement le combat pour obtenir là-bas une véritable assurance-maladie, accessible à tous. 

La situation actuelle, au niveau des rapports de force, fait en effet en sorte que les élus plus progressistes, au sein du Congrès américain, ont plus que jamais la possibilité d'influer le court des choses.  À preuve également ce que le sénateur indépendant, Bernie Sanders, ferait déjà, au niveau du Sénat pour bonifier les projets d'aide économique qui, pour le moment, exclut toujours des millions d'Américains, parmi les plus pauvres.  Comme le souligne, notre camarade, ce serait le temps de plus passer de la parole aux actes.

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Cela fait déjà un mois et demi que le concours de popularité présidentiel s'est achevé aux États-Unis. Le résultat concret de ce cirque pathétique est le remplacement d'une ordure impérialiste par une autre ordure impérialiste, même si les médias bourgeois d'ici cherchent désespérément à faire passer le duo néolibéral Biden/Harris pour rien de moins que les sauveurs de l'humanité.

Comme prévu, la « résistance » libérale à Trump est retournée se coucher, ces centristes élitistes ayant été convaincus par les grands médias et les milliardaires de l'internet qu'ils viennent de vaincre la réincarnation d'Hitler. Malgré ce triste spectacle médiatique, il reste encore des militants de gauche et même des socialistes aux États-Unis, qui se battent pour obtenir plus que les miettes insultantes que les oligarques derrière Biden et Harris prévoient octroyer à une population étasunienne en crise économique, sanitaire et morale.

C'est connu, le système de santé privé des États-Unis est ouvertement hostile aux besoins de la grande majorité de la population de ce pays. Avant la pandémie de cette année, au moins les deux tiers de la population n'avaient déjà pas les moyens de subvenir à une urgence médicale sans être condamnés à la faillite. Le système « Obamacare » n'a fait que renforcer l'option publique, qui reste conditionnelle à l'emploi, plutôt qu'à la citoyenneté, afin de maintenir le monopole de l'industrie de l'assurance privée dans le domaine de la santé.

Le « plan de réforme » d'Obama et de Biden pour étendre l'accès à une assurance-santé privée à moindre coût, était en fait carrément inspiré d'un plan de réforme mis au point des années avant par Mitt Romney, un Républicain...

Il est évident qu'en cette période critique de pandémie mondiale, qui a particulièrement fait des ravages aux États-Unis, une population appauvrie qui faisait déjà face à une crise de l'endettement avant cette année, qui a vu des millions d'emplois disparaître à cause des fermetures liées à la COVID-19, dans un pays où l'accès à l'assurance-santé est conditionnelle au fait d'avoir un emploi, avec comme seule aide gouvernementale, un unique et misérable chèque de 1200$ distribué l'été dernier, c'est une recette pour un désastre.

Au moins 19 millions de citoyens font face à la saisie de leur domicile en janvier. Joe Biden, Kamala Harris et Nancy Pelosi ne prévoient absolument rien faire pour aider la partie la plus vulnérable de la population à s'en sortir.

Devant l'impasse, la vraie gauche, celle qui se préoccupe du sort des démunis et des membres de la classe ouvrière, a décidé de brasser la cage dorée de Washington.

Le comédien et commentateur politique de gauche, Jimmy Dore, est à l'origine d'un mouvement visant à sommer les élus progressistes autoproclamés du camp Démocrate, d'imposer un ultimatum à Nancy Pelosi, qui se représente sans opposition pour présider la chambre des représentants, le congrès.

Avec les pertes de sièges que les Démocrates ont subi le mois dernier (oui, Nancy Pelosi a réussi à perdre des sièges contre le camp de Donald Trump, ce qui est tout un exploit dans le domaine de la médiocrité), la majorité des Démocrates au congrès ne tient plus que par une marge minuscule, suffisante pour que les progressistes puissent user de leur petit nombre pour faire pencher la balance dans l'élection pour la présidence du congrès.

Le plan de Jimmy Dore est simple et va droit au but : Les élus progressistes du congrès doivent signifier à Nancy Pelosi qu'à moins qu'elle ne s'engage à tenir un vote en chambre sur le plan « Medicare for all » (le nom qui est présentement donné au projet pour un système de santé universel aux États-Unis),

Pelosi ne pourra pas compter sur leur soutien crucial pour sa réélection à son poste. Nancy Pelosi étant une vieille conservatrice élitiste, corrompue et complètement déconnectée de la réalité de la partie de la population qui n'est pas millionnaire, son remplacement par un président de chambre Républicain ne serait pas une perte.

Le but est d'obtenir un vote en chambre qui permettrait de documenter ceux et celles qui s'opposent à la mise en place d'un système de santé universel aux États-Unis, en pleine crise sanitaire, alors que l'idée est soutenue par une majorité de la population aux États-Unis, dont 90% des Démocrates. Cela donnerait des munitions politiques aux progressistes pour faire pression sur les libéraux corrompus qui accordent plus de valeur aux dons en provenance du lobby des assurances privées, qu'à la volonté de leurs électeurs.

La campagne s'organise sur Twitter autour du hashtag « #ForceTheVote ».

De plus en plus de gens semblent se rallier à l'initiative de Dore, mais au moment d'écrire ces lignes, les progressistes en vue au congrès se cachent encore derrière des excuses pour ne pas aller de l'avant avec cette initiative.

Des excuses comme le fait que ce vote se solderait par une défaite (cette excuse ignore le but annoncé de l'initiative), la crainte de la prise du poste en question par un Républicain (sans la moindre différence idéologique de fond avec Pelosi), ou plus pathétique encore, le besoin supposé de concentrer leurs énergies sur la lutte pour la hausse fédérale du salaire minimum à 15$ l'heure, alors même que cette lutte est déjà gagnée.

En effet, la hausse du salaire minimum à 15$ est une promesse électorale de Biden et Harris, les candidats de Wall Street, étant donné que même les oligarques comprennent que sans une hausse importante du salaire minimum, qui n'a pas augmenté durant la dernière décennie, le pouvoir d'achat des étasuniens va s'effondrer, ce qui provoquera l'implosion de l'économie du pays.

Ce débat politique sur une question qui est de première importance pour la population des États-Unis, ce ne sont pas les médias corporatistes d'ici, en adoration religieuse devant les chefs Démocrates néolibéraux, qui vont y accorder la couverture médiatique qu'il mérite.

Les mercenaires à plumes de la « presse libre » autoproclamée d'ici, ne sont même pas foutus de nous informer correctement sur l'équipe d'impérialistes notoires dont Biden est en train de s'entourer en prévision de son gouvernement l'année. Issus des dépotoirs idéologiques que sont l'industrie de l'armement, « Silicon Valley » et les « think tanks » impérialistes, il y a amplement de quoi se concentrer sur autre chose que le sexe ou la couleur de peau des futurs ministres de Biden et Harris, les choix de Wall Street et de la majorité des oligarques des États-Unis. Ceci est un sujet pour un autre jour...

C'est donc une lutte à suivre aux États-Unis durant les prochaines semaines, en espérant que les élus progressistes oseront justifier leur présence au congrès devant leurs électeurs dans le besoin...

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Autre document à consulter :

Alexandria Octavio-Cortez, qui est une membre de la Chambre des Représentants, à Washington, et une des principales porte-parole du mouvement des Démocrates Socialistes Américains (DSA), dont nous avons déjà parlé ici, sur ce site Internet, reconnaît dans une entrevue au journal « The Intercept » que Nacy Pelosi devrait partir. Cette entrevue est datée du 19 décembre.